Comment dormir ? hein, c’est bien la question que vous vous posez ? Et il est déjà tard non ? Bien trop tard pour se poser ce genre de question ! Bon, alors lisez-bien ce qui suit.

Un sage va vous expliquer comment dormir ;)

Un sage va vous expliquer comment dormir 😉

Aux alentours du septième siècle, Zarathoustra (fondateur d’une religion dont il ne reste rien donc aucun risque de connotation ou de prosélytisme) se rendait chez un sage visiblement habitué à répondre à cette fameuse question : Comment dormir ?

Il semblerait bien que ce soit ce sage qui ait inventé la thérapie comportementale et cognitive de l’insomnie tant ses paroles sont pertinentes dans le cadre d’une thérapie de ce type aujourd’hui.

 

Et le sage parla ainsi :

 

  • « Ayez en honneur le sommeil et respectez-le ! C’est la chose première.
  • Ce n’est pas une petite chose que de savoir dormir : il faut savoir veiller tout le jour pour pouvoir bien dormir.

Comment dormir alors ?

  • Dix fois dans la journée il faut que tu te surmontes toi-même : c’est la preuve d’une bonne fatigue et c’est un pavot pour l’âme.
Surmontez-vous, résolvez vos problèmes, n'attendez pas cette nuit pour y penser

Surmontez-vous, résolvez vos problèmes, n’attendez surtout pas cette nuit pour y penser !

  • Il te faut trouver dix vérités durant le jour ; autrement tu chercheras des vérités durant la nuit et ton âme restera affamée.
  • Dix fois dans la journée il te faut rire et être joyeux : autrement tu seras dérangé la nuit par ton estomac, ce père de l’affliction.
  • Peu de gens savent cela, mais il faut avoir toutes les vertus pour bien dormir. Porterai-je un faux témoignage ? Commettrai-je un adultère ? Convoiterai-je la servante de mon prochain ? Tout cela s’accorderait mal avec un bon sommeil.
  • Et si l’on possède même toutes les vertus, il faut s’entendre à une chose : envoyer dormir à temps les vertus elles-mêmes.
  • Il ne faut pas qu’elles se disputent entre elles, les gentilles petites femmes ! et encore à cause de toi, malheureux ! 🙂
Mouah ah ah... ok.

Mouah ah ah… ok.

Comment dormir ? Dieu, l’autorité, les gens et l’argent…

  • Paix avec Dieu et le prochain, ainsi le veut le bon sommeil. Et paix encore avec le diable du voisin. Autrement il te hantera de nuit.
  • Honneur et obéissance à l’autorité, et même à l’autorité boîteuse ! Ainsi le veut le bon sommeil. (Est-ce ma faute, si le pouvoir aime à marcher sur des jambes boîteuses ?).
  • Je ne veux ni beaucoup d’honneurs, ni de grands trésors : cela fait trop de bile. Mais on dort mal sans un bon renom et un petit trésor.
Un petit trésor, un petit renom... Point trop n'en faut !

Un petit trésor, un petit renom… Point trop n’en faut !

  • J’aime mieux recevoir une petite société qu’une société méchante : pourtant il faut qu’elle arrive et qu’elle parte au bon moment : ainsi le veut le bon sommeil.
  • Je prends grand plaisir aussi aux pauvres d’esprit : ils accélèrent le sommeil. Ils sont bienheureux, surtout quand on leur donne toujours raison.

Et si vous ne deviez retenir qu’une phrase pour cette nuit pour comprendre comment dormir, ce serait celle-là :

 

  • Quand vient la nuit je me garde bien d’appeler le sommeil ! Il ne veut pas être appelé, lui qui est le maître des vertus !

Dis, tu comptes te pointer vers quelle heure, j'ai fini le bouquin là...

« Dis, tu comptes te pointer vers quelle heure, j’ai fini le bouquin là… »

  • Mais je pense à ce que j’ai fait et pensé dans la journée. En ruminant mes pensées je m’interroge avec la patience d’une vache, et je me demande : quelles furent donc tes dix victoires sur toi-même ?
  • Et quels furent les dix réconciliations, et les dix vérités, et les dix éclats de rire dont ton cœur s’est régalé ?
  • En considérant cela, bercé de quarante pensées, soudain le sommeil s’empare de moi,
    Pense à éteindre la lumière la prochaine fois quand même...

    Pense à éteindre la lumière la prochaine fois…

    le sommeil que je n’ai point appelé, le maître des vertus.

  • Le sommeil me frappe sur les yeux, et mes yeux s’alourdissent. Le sommeil me touche la bouche, et ma bouche reste ouverte.
  • En vérité, il se glisse chez moi d’un pied léger, le voleur que je préfère, il me vole mes pensées  : j’en reste là debout, tout bête comme ce pupitre.
  • Mais je ne suis pas debout longtemps que déjà je m’étends. »

 

 

Lorsque Zarathoustra entendit ainsi parler le sage, il se mit à rire dans son coeur : car une lumière s’était levée en lui. Et il parla ainsi à son coeur et il lui dit :

  • « Ce sage me semble fou avec ses quarante pensées : mais je crois qu’il entend bien le sommeil.
  • Bienheureux déjà celui qui habite auprès de ce sage ! Un tel sommeil est contagieux, même à travers un mur épais.
  • Un charme se dégage même de sa chaire magistrale. Et ce n’est pas en vain que les jeunes gens étaient assis au pied du prédicateur de la vertu.
  • Sa sagesse dit : veiller pour dormir. Et, en vérité, si la vie n’avait pas de sens et s’il fallait que je choisisse un non-sens, ce non-sens-là me semblerait le plus digne de mon choix.
  • Maintenant je comprends ce que jadis on cherchait avant tout, lorsque l’on cherchait des maîtres de la vertu. C’est un bon sommeil que l’on cherchait et des vertus couronnées de pavots !
  • Pour tous ces sages de la chaire, ces sages tant vantés, la sagesse était le sommeil sans rêve : ils ne connaissaient pas de meilleur sens de la vie.
  • De nos jours encore il y en a bien quelques autres qui ressemblent à ce prédicateur de la vertu, et ils ne sont pas toujours aussi honnêtes que lui : mais leur temps est passé. Ils ne seront pas debout longtemps que déjà ils seront étendus.
  • Bienheureux les assoupis : car ils s’endormiront bientôt ».

 

Ainsi parlait Zarathoustra. Un livre pour tous et pour personne (1883-1885). Nietzsche